Zenodo
Paludisme dans l'UEMOA : un recul qui s'essouffle
By Pinel Baudelaire T. DAHOUI.
Abstract
Cette étude retrace l'évolution du paludisme de 2000 à 2024 dans les huit États de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), à partir des estimations de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et des données de la Banque mondiale. L'Union, qui abrite 1,8 % de la population mondiale selon la Banque mondiale, comptait en 2024 14,9 % des cas et 15,2 % des décès dus au paludisme dans le monde. Le taux de mortalité palustre y a baissé de 53 % entre 2000 et 2015, soit 4,8 % par an. Il n'a plus reculé que de 29 % entre 2015 et 2024, soit 3,7 % par an. L'incidence a suivi le même chemin : −25 %, puis −13 %. Quand on donne le même poids à chacun des 45 pays d'Afrique subsaharienne, un modèle de tendance segmentée ne décèle plus, après 2015, de baisse statistiquement significative de l'incidence. Aucun État de l'Union n'était en mesure d'atteindre le jalon 2025 de la stratégie mondiale de l'OMS, qui visait −75 % par rapport à 2015. Dans des modèles de panel à effets fixes pays et année, une utilisation plus élevée des moustiquaires imprégnées va de pair avec une mortalité plus faible l'année suivante. Le lien avec l'incidence, lui, est faible et change selon la spécification. Les séries de l'OMS étant en partie modélisées à partir de la couverture des interventions, ces liens ne mesurent pas l'effet des moustiquaires. La faiblesse du lien avec l'incidence peut venir de la résistance des moustiques aux pyréthrinoïdes, d'une utilisation qui plafonne ou de la construction des données, sans que l'on puisse trancher. Nous en tirons des recommandations sur les moustiquaires de nouvelle génération, la protection des femmes enceintes, le financement et la qualité des données. Abstract (English): This paper traces malaria from 2000 to 2024 in the eight member states of the West African Economic and Monetary Union (WAEMU), using World Health Organization estimates and World Bank data. Home to 1.8% of the world's population according to the World Bank, the Union accounted in 2024 for 14.9% of global malaria cases and 15.2% of global malaria deaths. The malaria mortality rate fell by 53% between 2000 and 2015, or 4.8% a year, but by only 29% between 2015 and 2024, or 3.7% a year. Incidence followed the same path, falling by 25% and then by 13%. When each of the 45 sub-Saharan African countries is given equal weight, a segmented trend model no longer detects a statistically significant decline in incidence after 2015. No member state was on track to meet the 2025 milestone of the WHO Global Technical Strategy, a 75% reduction from 2015. In two-way fixed-effects panel models, higher insecticide-treated net use goes hand in hand with lower mortality the following year. The link with incidence is weak and depends on the specification. As WHO series are partly modelled from intervention coverage, these links do not measure the effect of nets. The weak link with incidence may stem from pyrethroid resistance, plateauing use or the way the data are built; we cannot tell these apart. We derive policy recommendations on next-generation nets, protection of pregnant women, financing and data quality.



