Archives des maladies professionnelles et de médecine du travail/Archives des maladies professionnelles et de l'environnement
Les dermatites de contact chez les coiffeurs colligées à l’unité de dermato-allergologie du CHU de Farhat Hached de Sousse, Tunisie : aspects cliniques, professionnels, allergologiques et intérêt des patchs tests
By F. Chelly, A. Brahem, I. Kacem and 11 others.
Abstract
Résumé Introduction Le secteur de la coiffure en Tunisie a connu une croissance spectaculaire ces dernières années avec l’avènement de procédés et produits chimiques nouvellement introduits dans le marché. Ces produits exposent à des dermatoses cutanées irritatives ou allergiques ainsi que le travail humide et l’utilisation inappropriée des gants. Objectifs Déterminer le profil clinique et allergologique des coiffeurs atteints de dermatite de contact et identifier les facteurs d’aggravation professionnels et extraprofessionnels incriminés ainsi que l’intérêt des patchs tests dans l’identification des principaux allergènes mis en cause. Méthodes Notre étude a recensé 30 professionnels exerçant dans le secteur de la coiffure. Ces patients ont été adressés à l’unité de dermato-allergologie au service de médecine du travail du CHU de Farhat Hached de Sousse durant une période d’étude entre 1989 jusqu’à 2020. Les patients ont bénéficié de tests épicutanés (BSE et batterie coiffeurs). Le recueil des données a été réalisé sur une fiche synoptique comportant les caractéristiques démographiques et professionnelles, le bilan clinique des lésions, l’enquête professionnelle et le bilan allergologique. Résultats Dans notre étude, l’atopie constitue un facteur de risque important (13,3 % des cas). La dermatite de contact allergique était plus fréquente que la dermatite de contact irritative (75,9 % et 13,8 % respectivement). L’aspect initial des lésions était dominé par les plaques érythemato-vésiculeuses (57,1 % des cas). Le prurit représentait le maître symptôme (82,6 % des cas). Le siège prédominant des lésions était les mains (72,4 % des cas). Les principaux allergènes incriminés étaient les allergènes métalliques : nickel (53,3 %), cobalt (33,3 %), chrome (13,8 %), les parfums (10 %), le baume du Pérou (13,33 %), les conservateurs : le dibromodicyanobutane (17,6 %), les parabènes-mix (10 %), le quaternium-15 et le kathon CG (6,7 % chacun) ainsi que les allergènes du caoutchouc, retrouvées dans les gants. Une déclaration en tant que maladie professionnelle a été réalisée pour 47,6 % des coiffeurs ce qui illustre le statut indépendant des travailleurs et le mal organisation de ce secteur. Conclusion Ces dermatoses sont souvent récidivantes, affectent la qualité de vie des coiffeurs et entraînent des répercussions négatives sur le plan socioprofessionnel. Une meilleure prévention et l’utilisation appropriée des gants peuvent les améliorer. Parfois, l’abandon du métier reste la seule solution. Des études futures devraient inclure des évaluations plus précises de l’exposition cutanée aux différents produits chimiques utilisés dans ce secteur et cartographier tous les aspects cliniques et étiologiques afin de prévenir l’apparition de ces dermatoses chez ce groupe professionnel.



